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28 September 2010

Gisèle, un kawa steuplé !

Expérience nouvelle aujourd’hui.

J’ai pris un jour de congés aujourd’hui (histoire de profiter de ma rhino-pharyngite, celle que j’ai chaque fois que je prends un jour de congés). Fait suffisamment rare pour qu’on en parle, je me suis dit que j’allais en faire un VRAI jour de congés. Non, non, pas les pinacoladas ou le réveil à 14h30, rien de tout ça. J’ai décidé d’aller acheter du café. Parce que quand j’ai plus de café, il vaut mieux éviter de me parler.

Bref, comme beaucoup de monde apparemment, je possède une de ces magnifiques machines à capsules en alumium qui préservent admirablement l’arôme des grands crus (sic) et dont je tairai le nom par souci d’anonymat (et aussi, pour ne pas faire de pub).

Si cette activité, au demeurant basique - acheter du café, quoi de plus chiant, non ? - , vous semble ennuyeuse, attendez que je vous raconte un peu la suite. Parce qu’on ne vit pas tous les jours un moment magique, n’oublions pas qu’autour de nous, il y a des gens qui pensent et qui savent trouver les petits plus qui peuvent égayer notre journée et accessoirement nous faire payer beaucoup plus cher.

Parce que, quand comme des dizaines de milliers de gogos, on possède une telle machine, on entre dans une secte.

D’abord, la machine. Pas n’importe laquelle. Elle est unique. Elle a SON numéro de série, avec l’autocollant qu’on appose délicatement sur un beau livret d’entretien. Son design respire la modernité. Mme Michu l’a bien compris lorsqu’elle l’a installé sur sa belle table de cuisine en formica d’il y a 35 ans.

Puis, la carte de membre. Parce qu’il ne suffit pas de posséder le simple appareil. S’il vous plaît ! On entre dans le monde de la dégustation. Ce n’est pas donné à tout le monde, quand même. Peu importe si on a les papilles anesthésiées par un tabagisme déluré, ou la rhino-pharyngite en fleur. Ca devient de la gastronomie. Pour la gastro, sans doute, mais je cherche encore la nomie.

On pourrait s’arrêter là, mais non. Parce qu’une fois qu’on a la machine, la carte de membre. On se dit bêtement qu’on peut aller à la supérette du coin pour acheter lesdites capsules. Et bin non ! C’est la que l’internet multimédia entre en jeu. Les autoroutes de l’information s’ouvrent à nous derechef, le cybervillage est en ébullition dans un festival de bits (Ne faites pas cette tête là, bande de petits pervers). Il suffit de faire chauffer sa CB, sur un site web over-hype, pour commander son café, comme on pourrait passer commande d’un vibro chez Darty. Tout est fait pour que l’expérience d’achat soit aussi excitante que ça. Design, sécurité SSL 2658753452 bits (encore les bits...), rappel automatique par une hôtesse vautrée dans un déluge de capsules, offerte, disponible, telle une offrande consumériste. Tout y est pour rendre l’expérience unique... (au moins jusqu’à la sécurité SSL, de mémoire, le reste, je sais plus).

Mais voilà. Il arrive parfois qu’on n’anticipe pas assez, pauvres mortels que nous sommes. Et un matin, c’est le drame. PLUS DE CAFE ! AAAAAAH ! Et me voilà parti à la boutique, située évidemment très loin. Pour que ce soit encore plus tendance, la boutique est placée dans un quartier de préférence très cher. Par exemple, à Haussmann, à deux pas de l’opera. Parce que les gens qui vont à l’opéra, ils boivent du café, eux. Alors pour qu’on puisse rêver nous aussi. On va acheter le café près de l’opéra.

Et là tout s’accélère. Enfin si on peut dire. Qu’est ce que je raconte moi d’abord ? C’est pas du café que j’achète. C’est un bijou, une pierre précieuse, un élixir de jouvence... La devanture en impose. On comprend mieux pourquoi on paie aussi cher pour acheter un produit dont on en jette plus qu’on en consomme. J’entre, fébrile, habillé carrément pas assez classe pour l’endroit(Oui, quand on entre, on se demande s’ils acceptent les clochards), ça donne presque envie de s’excuser d’exister. Mais le malaise est de courte durée, car ils sont nombreux comme moi dans la boutique.

Au lieu d’entrer dans une boutique à café, on entre carrément dans un musée, que dis-je, une galerie d’art ! Les machines (celles qu’on doit rêver d’acheter, quand on est un bon membre) y sont présentées comme des reliques sacrées, sous verre où éclairées pour déclencher une immédiate prosternation divine. Les murs vous rappellent que l’alumium, c’est pas polluant. C’est écrit environ tous les 2 mètres. Non madame, l’aluminium, c’est biodégradable, et aussi les 70% d’emballage qui entourent le précieux mélange. L’aluminium, on en mangerait. On n’utilise pas assez d’aluminium dans le monde. Tout serait tellement mieux si on en utilisait plus, comme dans cette boutique. D’ailleurs, saviez vous que toutes ces informations étaient cautionnées par l’association française des vendeurs d’aluminium ? Ce n’est pas le vendeur de café qui le dit. Alors, vous voyez, ça ne peut être que vrai.

Vient ensuite la queue. Longue. Très longue (Encore cette tête de pervers, mais vous allez arrêter oui ?). Un type en costume sert les très nombreux clients qui se bousculent pour avoir le privilège d’acheter un café grand cru. D’ailleurs, le type est en formation. C’est écrit sur son beau costume noir. Il est mieux habillé que moi. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Tout fout le camp. Et d’abord, pourquoi on a besoin d’être formé pour vendre du café ? Et en costard en plus...

Le grand sourire du vendeur est livré avec. Il faut dire qu’il est content de vendre son café comme chez Van Cleef. Pas tout à fait au même prix que chez Van Cleef, mais ça reste quand même environ 14 fois trop cher pour ce que c’est. Après avoir passé beaucoup de temps à vous expliquer qu’une nouvelle collection excellente n’attendait plus que vous pour une dégustation, lui avoir dit que non, que vous voulez juste 4 paquets de Cosi et 3 Roma et qu’on vous lache la grappe, il les agence, tel un horloger en un cube parfait (ou presque parce que 7 paquets, ça fait pas un cube parfait, hein...). Ca prend 3 plombes. Il faut bien qu’on explique la queue de 35m derrière vous, et les 25mn de queue pour arriver jusqu’à lui.

Ce n’est qu’ensuite, après un juteux règlement, qu’il passe devant le comptoir vous remettre les précieux artefacts en mains propres, à deux mains comme en Chine, en vous remerciant chaudement pour avoir contribué à engraisser son patron. Et au plaisir de vous revoir, merci. MON CUL !

Histoire de vous faire comprendre pourquoi vous payez un tel prix, on vous offre... un café. C’est... original, et sympa, mais j’aurais préféré payer le mien un peu moins cher pour le boire chez moi.

Je sors, consterné, en lisant le dernier panneau qui précise que vous pouvez vous aussi (comme eux les gentils organisateurs) contribuer au développement durable de notre bonne vieille planète, en rapportant vos vieilles capsules pourries au magasin. En sortant, je me demande combien de gogos comme moi sont venus rapporter leurs préservatifs usagés à la pharmacie, et je me dis que somme toute, ils ne doivent pas être si nombreux. Mais au moins, c’est écrit, c’est possible. En théorie.

Allez, je me suis déchaîné. Au moins, on ne peut pas nier que ce soit fait avec un certain brio... Et pourtant, personne ne m’oblige à être client. Et c’est bien là que c’est énorme.

Putain, c’est bien foutu quand même.

Avec les compliments de Georges Clooney !

Knarfspresso (02:12)

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